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Depuis plusieurs jours je me dis qu'il est vraiment temps que je poste quelque chose de nouveau, un petit avis ciné idéalement, ça fait vraiment longtemps que je n'en ai pas écrit. La vérité, c'est que 2013 me déçoit un peu au cinéma. Néanmoins il y a un film qui, à défaut de m'avoir convaincu, a éveillé ma curiosité : Oz, the Great and Powerful. Oz est un monde imaginaire et énigmatique créé par l'auteur Américain L Frank Baum en 1900, en publiant le roman pour enfants The Wonderful Wizard of Oz qui sera adapté en comédie musicale à Broadway deux ans plus tard. Oz devient tellement populaire que Baum publiera en tout 14 romans dont l'action s'y déroule. Mais ce qui fait entrer l'histoire dans la culture populaire Américaine c'est le film de Victor Fleming The Wizard of Oz produit en 1939 par MGM. Depuis, Oz a été adapté dans des dizaines de pays sur tous les supports : cinéma, télévision, livres, comics, jeux vidéos, musicales, pièces de théâtre, live shows... Evidemment je n'ai pas vocation, aujourd'hui, à lister toutes ces adaptations, mais plutôt à vous parler un peu de mon ressenti sur la toute dernière adaptation : Oz The Great and Powerful et les souvenirs que le film m'a remémoré.

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Il y a quelques années l'annonce de la mise en chantier par Disney d'une prequel au Magicien d'Oz de 1939 m'indiffère. J'ai vu le film original, il y a longtemps, je ne sais même plus dans quel contexte (on ne voit pas un film de 1939 à la télévision tous les jours) et je me souviens que je ne l'aime pas. Le Magicien d'Oz, pour moi, c'est une histoire bien trop bizarre pour être vraiment appréciée, un peu comme Alice au Pays des Merveilles (le roman de Lewis Carrol serait d'ailleurs l'une des sources d'inspiration de L Frank Baum). Les mois passent et dans un registre totalement différent le fan de musicales que je suis assiste à Wicked (j'y reviens un peu plus tard, sinon lire ici). Me voila donc bien plus familier avec les personnages et l'intrigue globale : le magicien imposteur, les mauvaises sorcières, les gentils habitants d'Oz et la bonne sorcière... Encore quelque mois plus tard Disney commence à communiquer sur le film qui finit sa post-production et je retrouve des personnages familier comme Glinda et le Magicien, et des acteurs familiers comme Mila Kunis et Zach Braff. Puis je découvre la bande annonce en 3D et en quelques secondes à peine j'ai l'impression d'être à Oz. Je me rends compte que Oz, the Great and Powerful sera l'un des immanquables de 2013 !

Et je suis au rendez-vous le 13 mars pour découvrir le film en 3D et en VO. Ce qui me saute aux yeux ce sont les techniques astucieusement utilisées par Sam Raimi pour nous emmener à Oz : le film par un surprenant générique d'ouverture. Il pourrait être joué dans un petit théâtre en live car les noms et personnages apparaissent sur des pancartes tenues par des fils et autres supports. Sublimé par une très belle 3D, il donne le ton : tout ne sera qu'illusion. L'histoire commence, au Kansas comme le film de 1939, en noir & blanc, comme le film de 1939 et en 4/3 comme le film de 1939, très beau clin d'oeil ! Sam Raimi nous introduit ainsi les personnages principaux (dont on retrouvera les doubles fantaisistes à Oz... Comme dans le film de 1939) : Annie, jouée par la belle Michelle Williams deviendra Glinda, la bonne sorcière, Frank (j'y vois un clin d'oeil à l'auteur, mais je me fait peut être des idées) joué par le très drôle Zach Braff (un de mes acteurs préférés, vu à la télévision dans Scrubs, au théâtre dans All New People, mais je ne l'avais encore jamais vu au cinéma !) et le magicien joué par James Franco : Oz the Great and Powerful se déroule environ 20 ans avant l'histoire originale et nous racontera l'arrivée du magicien à Oz !

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Cette introduction rétro rend l'entrée dans le vif du sujet encore plus impressionnante : Lorsque le magicien arrive à Oz, l'écran s'élargit au format 16/9 et le paysage se colore pour une entrée aérienne époustouflante ! Le Oz de Sam Raimi est bourré de clins d'oeil au film original, notamment avec les singes ailés, le lion effrayé par les "pouvoirs" du magicien ou encore la fameuse route de briques jaunes. Il y a sans doute beaucoup d'autres clins d'oeil dans le décor qui m'ont échappé tant il est riche, coloré et fantaisiste. De plus avec une 3D très réussie et très agréable, c'est un vrai bonheur ! Cependant... J'avoue que je commence à être lassé des incrustations sur fond vert, certes quand une forêt prend vie ou qu'il faut construire une cité émeraude, c'est nécessaire et c'est d'ailleurs réussi. Mais j'ai l'impression que Sam Raimi a un peu abusé de la technique, créant de nombreux univers visuels très fantaisistes et animés, presque délirants... Et qui en se voulant originaux, manquent cruellement... D'originalité. En fait sur bien des plans j'ai eu l'impression de revoir le Wonderland de Burton, là où j'aurais aimé quelque chose de plus authentique (ce qui n'empêche en rien un univers complètement fantasmé : tous les décors du Seigneur des Anneaux de Jackson sont des maquettes avec une utilisation très limitée du fond vert et ça passe bien mieux.) Mais n'exagérons rien il y a tout de même de très beaux décors authentiques comme la place centrale de MuchkinlandGlinda emmène le magicien et ses acolytes. C'est un plaisir de voir que l'identité visuelle de ce lieu a pu être tant respectée bien que le film de 1939 soit encore protégé par les droits d'auteur ! C'est d'ailleurs à cet endroit là que la mauvaise sorcière de l'Ouest vient menacer les habitants d'Oz et le magicien, à la manière... Du film de 1939 ! Mais Oz the Great and Powerful n'est pas qu'une redite du film original. En fait cette première partie à Oz est mignonne et amusante, mais un peu longue, heureusement les blagues de Finley et l'apparition astucieuse de Glinda rythment le tout. Ce n'est toutefois qu'à partir des menaces de la sorcière -qui a un nom ici : Evanora- que l'intrigue se met véritablement en marche et que le film devient prenant, racontant le combat des habitants de Oz menés par Glinda et le magicien contre les forces des mauvaises sorcières, pour aboutir à une fin connue puisque c'est la situation de début du film de 1939 !

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Alors globalement j'ai quand même aimé, mais je reste sur ma faim. Si l'objectif était de faire une prequel sympathique et raccord au film de 1939 en utilisant intelligemment les techniques d'aujourd'hui, alors c'est une belle réussite. Mais si l'objectif était de faire d'Oz un grand blockbuster d'heroic fantasy façon Narnia ou Pirates, avec possibilement une saga derrière... Alors c'est raté tant le film manque d'une identité visuelle propre et d'un bon rythme. Enfin un dernier regret : les scénaristes ont certes fait un bon travail pour créer une histoire originale raccord avec le film de 1939 mais qui relègue de nombreux éléments (Dorothy, le lion, l'épouvantail, l'homme de métal...) au simple rang de clins d'oeil voire complètement absents... C'est dommage car une belle prequel existait déjà (certes protégée par droits d'auteur) : le roman de Gregory Maguire Wicked : the life and time of the wicked witch of the west... Une vision totalement différente de Oz avant Dorothy et qui pourrait faire elle aussi l'objet d'un film. J'y reviens en fin d'article.

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Toujours est-il que j'ai passé un agréable moment devant cette belle fantaisie, c'est toujours un plaisir de voir des histoires s'adapter aux nouvelles technologies, aux nouveaux publics, et traverser le temps (plus de 110 ans que le magicien d'Oz fascine.) Et je suis sorti... Avec plein de questions ! Certaines ne trouveront peut être jamais de réponse (qui est Finchley ? d'où sort la ville de porcelaine ?) mais pour beaucoup d'autres (qui est Evanora ? La mauvaise sorcière de l'Ouest ou de l'Est ? Pourquoi le film n'est pas raccord avec Wicked ? Est-il raccord au film original ?) la réponse était facile à trouver : il fallait revoir le film original (ou acquérir les 14 romans originaux, mais laissons le temps au temps.) Quelques semaines (mois) plus tard c'est fait ! Je me suis replongé dans Le Magicien d'Oz, le film de 1939, un grand classique intemporel dont il ne me restait que quelques grandes images en tête. Ce qui m'a le plus frappé c'est justement l'univers visuel unique avec le passage du morne Kansas noir & blanc au pays joyeux et coloré d'Oz, dire que tout cela n'est que du décor carton-pâte en studio, pourtant on s'y croirait ! Finalement l'incrustation sur fond vert n'est pas beaucoup plus convaincante. J'ai adoré les personnages, il y a de tout : les très caricaturées mais crédibles sorcières, les compagnons farfelus de Dorothy et leurs maquillages très réussis : on met un moment à se demander si l'épouvantail porte un masque ou un maquillage, on se demande si l'homme de métal ne serait pas réellement en métal et si le costume du lion peut sembler ridicule au début, on se prend vite au jeu. Et bien sûr il y a le magicien, personnage plus évoqué que montré et donc très mystérieux puisqu'il n'est en fait pas du tout magicien, ce qui laisse libre court à des tas d'interprétations possibles. Par exemple dans Wicked le magicien est à la tête d'un régime qui oppresse ses citoyens. Pour ma part je me dis juste que si le magicien d'Oz n'existe pas, est-ce que le pays d'Oz existe ? Dans le livre oui, dans le film cela ne semble être qu'un rêve, de plus les personnages du Kansas ont leur alter-ego à Oz... Enfin les effets spéciaux sont remarquables (remis dans leur contexte) notamment l'apparition/disparition de la sorcière. Mais ce que je préfère par dessus tout ce sont les chansons, nombreuses, entrainantes et cultes, surtout la célèbre Follow the yellow brick road qui reste inévitablement en tête !

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Maintenant que j'ai bien refait les liens entre Oz the Great and Powerful (la prequel façon Disney) et le film original, je suis au clair sur les personnages, les lieux, les clins d'oeil, et je comprends bien la continuité entre les deux histoires, le travail a été bien fait. Mais je ne peux m'empêcher de chercher à caser Wicked là dedans. J'ai déjà bien abordé Wicked en tant que comédie musicale (ici) donc je vais m'en tenir au scénario pour ce long article qui touche à sa fin. Ce que j'aime beaucoup dans Wicked c'est qu'il va à l'encontre du conte de fée classique en choisissant de raconter l'histoire du point de vue des sorcières, apportant beaucoup plus de fond aux personnages. Bon c'est vrai que les films, l'original comme la prequel, sont familiaux et doivent plaire à tout public, là où la musicale, de par sa nature (on parle d'une pièce de théâtre musicale de 2H45) vise un public adulte. Mais tout de même, Wicked remonte bien plus loin dans l'histoire et répond à plus de pourquoi : pourquoi les mauvaises sorcières sont-elles mauvaises, pourquoi une tempête a-t-elle amenée Dorothy, pourquoi l'homme de métal est en métal... De plus l'action se poursuit pendant l'action du film original, offrant une alternative : les faits du point de vue de la mauvaise soricère (qui, ici aussi, a un nom, mais différent de celui de la prequel Disney : Elphaba.) Et surtout Wicked propose une fin alternative, ou devrais-je dire une façon alternative de voir la fin...

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Certes le film de 1939 reste la base, plus encore que le roman, et Oz the Great and Powerful est totalement raccord avec. Mais il fait des impasses et ne va pas au bout, alors que Wicked existait. Or, et c'est totalement personnel, Wicked vient avant Oz the Great and Powerful, donc j'ai un peu du mal avec la remise en question de certains faits, d'autant plus que la musicale étant l'une des plus belles que j'ai vu, j'ai forcément un peu adopté cette version scénaristique des faits, et j'aurais préféré voir la musicale adopté en film, ce qui aurait eu trois gros avantages. Tout d'abord on évite de perdre le spectateur avec différentes versions, très différentes, de l'histoire, ensuite Wicked est une comédie musicale, comme le film original, ce qui manque vraiment à Oz the Great and Powerful, et enfin Wicked répond à bien plus de questions, éclaire bien mieux l'histoire originale, tout en en suggérant une lecture bien différente, moins sensationnelle peut être, mais plus pertinente, plus audacieuse, plus surprenante... Bref complètement inattendue. Car c'est bien là ce qui fait tout l'intérêt de Oz : ce n'est pas ce que l'on attendait, et c'est bien là la faiblesse de Oz the Great and Powerful : c'est exactement ce que l'on attend.

Cette réflexion concluera ma petite analyse, qui reste forcément incomplète tant que je n'aurai pas lu les 14 romans de L Frank Baum, et pourquoi pas, aussi les 4 romans de Gregory Maguire qui propose un regard encore plus approfondi et plus polémique sur l'oeuvre originale.