Hello,

en attendant les sorties enthousiasmantes du mois de mai, retour sur les films qui m'ont marqué ces dernières semaines :

creme de la creme

Ils sont plus intéressés par le réseautage que par les cours, ils préfèrent penser à la vie nocturne plutôt qu'à la vie future : ils sont La Crème de la Crème. Le film de Kim Chapiron propose un regard décomplexé sur ces écoles de commerce qui s'autoproclament prestigieuses et s'autocongratulent de former l'élite de demain, rien de moins. Mais au-delà des paillettes se cache un monde qui ne respecte aucune loi, aucune éthique, aucune morale, celui de ces étudiants qui se laissent emporter dans la spirale de la popularité, du pouvoir et de l'argent avant l'heure, sans réaliser ce qu'ils font. Au-delà d'une histoire bien montée (d'ailleurs inspirée de faits divers réels), d'un humour cynique et vraiment drôle, et d'une écriture impeccable, La Crème de la Crème souligne surtout les gouffres qui se creusent entre les classes sociales derrière les couloirs et les amphi de ces écoles où les vraies valeurs, pas celles de l'argent, s'effacent derrière les fêtes et l'alcool. Porté par de jeunes acteurs débutants mais convaincants et spontanés, le film amuse tout en interpelant. A voir et à méditer, surtout par les concernés...

her

Tout aussi interpelant, Her de Spike Jonze raconte l'histoire complètement délirante et improbable de Theodore, détruit par un douloureux divorce, qui trouve du réconfort non pas auprès de ses proches, mais auprès d'un programme informatique d'intelligence artificielle. Il commence par confier ses malheurs, ses bonheurs et ses secrets à ce programme qui, caché derrière une voix séduisante, sensuelle et amusante, apprend de lui, s'adapte à sa personnalité et... développe des désirs et des envies. Le programme prend ainsi de plus en plus de place dans la vie de Theodore, et notamment dans sa vie sociale. Her n'est pas une simple science fiction, mais une véritable mise en garde quant à la place de la technologie dans nos vies sociales. Dans ce futur proche la technologie n'accompagne plus l'humain, elle le remplace, et un couple constitué d'un homme et d'un téléphone ne choque pas. Le film invite à prendre un peu de recul sur nos vies et nos technologies : sommes-nous encore capable d'interagir "IRL" ? Pouvons-nous nous passer de nos smartphones ? Que se passera-t-il quand le réseau ne fonctionnera plus ? Her n'est pas fantaisiste, mais juste effrayant.

the canyons

Un eu plus léger dans la mesure où il n'invite pas à la réflexion, le thriller The Canyons marque néanmoins le retour au cinéma de Lindsay Lohan ! L'actrice aussi pulpeuse que scandaleuse n'a certes jamais vraiment disparu des écrans malgré ses déboires judiciaires, mais elle avait certainement disparu des premiers rôles. The Canyons n'est pas un grand film pour autant, c'est un thriller plutôt palpitant malgré quelques longueurs, mais extrêmement dérangeant, où l'homme est un businessman machiavélique qui joue avec la femme. Si le film n'est pas réussi, il est bien interprété et Lindsay Lohan n'a pas perdu de son talent, c'est toujours une actrice aussi séduisante que convaincante et j'aimerais la revoir dans des rôles plus engagés, plus tristes ou plus drôles, bref dans des rôles plus ambitieux.

quest ce quon a fait au bon dieu

Retour au cinéma français avec quelque chose de beaucoup plus léger et de plus réussi. En 2013 Bertrand Tavernier avait offert à Thierry Lhermitte un retour très réussi dans Quai d'Orsay, peut être même son meilleur rôle, en 2014 c'est Philippe De Chauveron qui offre à Christian Clavier son grand come-back avec Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ! On est loin, tellement loin, des banales comédies françaises de Dany Boon, Géraldine Nakache ou Manu Payet : pour Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu, Philippe De Chauveron a fait un vrai travail d'écriture : on rit spontanément du début à la fin et de nombreuses répliques deviendront cultes, et de casting : pas question de faire jouer ses potes ou les acteurs à la mode, place à la nouvelle génération guidée par une "star", un combo gagnant ! Christian Clavier est l'acteur de la situation, il se glisse merveilleusement bien dans ce rôle de français-bourgeois-conversateur tout en étant un peu sympathique, un peu détestable, mais surtout très drôle. Aux côtés de Chantal Lauby, avec qui il forme un couple très convaincant, il donne la réplique à 8 nouveaux venus déjantés et délirants, sans jamais en faire trop. Le tout donne une comédie fraîche, surprenante, inoubliable et surtout dans l'air du temps. Sorti juste après une période électorale ultra-médiatisée et très tendue, qu'est-ce que ça fait du bien de confronter opinions, religions, clichés et préjugés avec légereté et sans mauvais goût ! A voir absolument, c'est très certainement le film français de l'année !

divergente

Harry Potter, La Croisée des Mondes, Narnia, Le Seigneur des Anneaux, Le Hobbit, Twilight, Hunger Games... et maintenant Divergente, ça en deviendrait presque lassant. Heureusement le film de Neil Burger amorce assez bien le virage pris de la fantasy vers la SF, à l'image de Hunger Games, et n'arrive donc que deuxième. L'univers créé par Veronica Roth rappelle en effet beaucoup celui de Suzanne Collins (Amérique du Nord post-apocalyptique, populations oppressées et séparées en fonction de leur talent, élite dirigeante au-dessus des lois...) mais présente toutefois quelques divergences intéressantes (les individus choisissent leur clan, les élites se disputent le pouvoir) et est suffisamment riche pour inspirer une belle saga cinématographique. Ce premier film est servi par un excellent sens du rythme et un excellent casting dont je retiens Shailene Woodley qui crève l'écran en se glissant dans le personnage de Tris : timide au début, un peu rebelle sur les bords puis très audacieuse, elle n'est pas figée et sa personnalité évolue avec autant de fluidité que de crédibilité, et bien sûr Kate Winslet froide, dangereuse, inquiètante, mais toujours aussi belle, elle n'a qu'un second rôle, mais une sacrée présence !

noe

Terminons par le film le plus ambitieux de ces dernières semaines, l'adaptation du mythe de Noé par Darren Aronofsky. Le film est réussi : scénario et écriture soignés, casting plutôt équilibré entre stars et révélations, effets visuels extrêmements convaincants... Mais je suis ressorti frustré. Pas facile d'adapter un mythe aussi connu, et finalement assez simple en soit, mais en ajoutant des tas d'éléments à l'histoire, j'ai l'impression que Darren Aronofsky est passé à côté du sujet. La bataille entre les géants de pierre et les hommes désespérés est divertissante, mais éclipse complètement la conception et la construction de l'arche, l'arrivée et le peuplement des animaux, et le début de l'apocalypse. A la place le réalisateur se concentre sur Russel Crowe qui interprète un Noé terrifiant, torturé par la folie et sa tâche divine, mais un peu lassant au bout d'un moment. Les autres acteurs ont d'ailleurs bien du mal à s'exprimer. L'angle choisi n'est pas forcément mauvais, mais pour moi il met le côté le sujet principal et ce à quoi je m'attendais, alors c'est forcément un peu décevant.